• La poupée qui fait non.

Une histoire de panier.

Le panier garni


On les met toutes dans le même panier. Et pourtant, elles sont toutes différentes. On veut gommer leurs particularités, ce qu'elles sont vraiment, pour ne parler d'elles qu'au pluriel. Les réduire à des généralités. C'est plus facile, hein, on va pas se compliquer la vie. Parfois, on ne les nomme même pas. Souvent, on dit «une femme». Une femme à la tête d'une entreprise du CAC40, une femme dans l'équipage de la nouvelle station spatiale, une femme vient compléter l'équipe du conseil des ministres, une femme dirigera la réunion, une femme s'est récemment présenté aux élections, une femme retrouvée morte à son domicile, une femme a disparu.

Elle en fait des choses. Et aussi extraordinaires que soient ses exploits, on ne la nommera pas. Et oui, parce qu'on s'en fou de qui on parle tant qu'on mentionne que ce n'est pas un homme. Oh, regardez ! Une femme a les capacités de faire tout pareil qu'un homme, c'est fou !

Un peu comme si elles étaient des enfants.

Ce serait surprenant de lire «un enfant de sept ans en route vers la station spatiale» ou bien «un enfant en tête pour les élections municipales». Ici, ce sont des personnes mineures et qui ont d'autres préoccupations. Un enfant, ok, ça serait spécial mais enfin, UN FEMME peut accomplir tous ce qu'un homme fait régulièrement sans que ça paraisse extraordinaire. Quand bien même elle ferait de la voltige militaire, de la politique internationale ou qu'elle veuille être mécanicienne, ces activités ne se pratiquent pas avec les organes génitaux donc il n'y a pas de soucis. Elle fait ce qu'elle veut mais appelons-là par son nom, s'il vous plait. On veut des noms et des parcours, on veut de véritables personnes. Ni des généralités, ni des silhouettes. Par exemple, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna ont reçu le plus récent prix Nobel de chimie pour leurs recherches en génétique. C'est pas bien compliqué. Une fois que c'est compris, on passe un autre appel.


Le haut du panier


On leur a longtemps fait croire qu'il n'y avait pas de place pour toutes dans le haut du panier. À maintes reprises on leur a dit que si elles n'éliminaient pas la concurrence, alors elles seraient éliminées. Une pour toute mais chacune pour soi. Les places sont chères, on ne veut pas être évincées du podium. Diviser pour mieux régner, c'est une formule qui marche à toutes les époques. Si les femmes se piétinent entre elles, alors elles se saboteront d'elles même. C'est facile. Emballé, c'est pesé et on n'en parle plus ! Qui de mieux que des femmes pour en décrédibiliser d'autres ? La jalousie est un bon moteur à toutes les crasses et il y aura toujours quelqu'une pour te maintenir la tête sous l'eau et ajouter un bon double vitrage à ton plafond de verre, qui est d'ailleurs souvent le sien aussi.


Renverser le panier


La grande nouvelle est la suivante : il y a de la place pour tout le monde en fait, il suffit de la prendre. À partir de ce constat, il est plus facile de se serrer les coudes et de se féliciter plutôt que de mettre un coup talon dans les tibias de toutes celles qui ont de l'ambition.

Il faut se secouer les miches, et pas pour le plaisir des yeux mais bien pour le faire chavirer ce maudit panier. Il faut se secouer pour sortir du tout petit panier, tout exigu et pas mal rouillé dans lequel on entasse la gente féminine. Il faut utiliser l'énergie collective pour qu'il disparaisse, qu'il n'ait plus lieu d'être.


En photo, on peut voir des poupées rassemblées à la va-vite dans un panier. Il y a des grandes, des petites, des jeunes, des dévêtues, des sirènes, des mamans, des coiffées, d'autres pas. Elles sont toutes là et prennent tout l'espace qui leur est donné sans laisser de place. Elles ignorent encore qu'il en existe d’avantage et qu'elle devront le conquérir elles-même pour prendre de l'ampleur. Mais après tout, elles font ce qu'elles veulent. Et puis, ce ne sont que des jouets...






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